L’IA ne remplace pas les UX writers — elle les rend indispensables
Dans cet épisode du podcast UX Content Craft, Apolline Rouzé* (animatrice du podcast), co-fondatrice de Lorem UX Writing, échange avec Alice Mouton, Content Designer chez Malt sur la création et le déploiement d’un assistant IA dédié au contenu.
*Pour éviter de parler de moi à la troisième personne dans cet article, permettez-moi d’utiliser la première personne du singulier 😊
C’est un fait : les assistants IA de génération de contenu sont les plus prisés par les designers.
Et ce n’est pas plus mal.
Si ce type d’assistant peut servir à concevoir un contenu de qualité, au service d’une expérience utile et utilisable, tant mieux !
Et s’il peut permettre aux designers (y compris le ou la Content designer) de se concentrer sur l’histoire, ses messages et l’architecture d’un parcours, tant mieux aussi !
À condition de nourrir cet agent d’une documentation solide, de ne pas le voir comme un moyen de gagner du temps mais bien comme un moyen de concevoir une expérience de qualité supérieure (ou de qualité tout court…).
Parce que — c’est un fait aussi : il va falloir se retrousser les manches et prendre le temps de construire le système qui va soutenir l’assistant.
Vous l’avez peut-être déjà écouté (si ce n’est pas le cas, foncez) : dans l’épisode 45, Bastien Hugues, Head of Design chez Bouygues Telecom, vous offre sa méthodologie sur un plateau d’argent pour créer et déployer un assistant IA.
Je vous propose de continuer sur cette lancée. J’avais envie d’explorer un second exemple.
Rendez-vous pris avec Alice Mouton, Content designer chez Malt.
Alice a créé un assistant de création de contenu UX, baptisé Malty AI.
Initialement, Malty avait pour vocation d’aider les designers à assimiler les guidelines du Content System.
Aujourd’hui, il a pour objectif d’aider à produire ce fameux contenu de qualité supérieure.
Alice nous partage, à son tour, la méthodologie de conception et de déploiement de l’assistant — un projet mené comme la conception d’un produit.
Elle évoque également ce que l’IA a changé dans son métier et en quoi c’est une opportunité pour les UX writers et Content designers.
Dans cet article, retrouvez les points clés issus de notre échange, pour vous aider à concevoir votre assistant IA de génération de contenus UX.
Bonne lecture ☕
🎧 Si vous préférez écouter l’épisode de podcast que le lire en article, rendez-vous sur votre plateforme d’écoute préférée.
La maturité en Content Design, l’un des pré-requis pour créer un assistant de génération de contenu
Il est important de s’assurer que les Product Designers ont le même niveau en UX writing.
Penser son interface avec le contenu au cœur de l’expérience
Choisir les composants en fonction du contenu
Penser à la terminologie, notamment lors de la recherche utilisateur
Tout du moins, le même niveau d’informations, et notamment celles du Content System.
L’assistant évolue avec la maturité de l’équipe
Au début, chez Malt, l’objectif de l’assistant était de familiariser les designers avec les guidelines, pour en favoriser l’appropriation. Il n’avait pas vocation à générer du contenu, mais plutôt à brainstormer avec l’assistant, tout en leur apprenant les guidelines.
Aujourd’hui, l’efficience prime.
Les guidelines sont désormais des réflexes (ou presque). L’assistant a donc pour objectif de créer, en binôme avec le Product Designer, un contenu qui sera mis en production. Il s’agit de favoriser la rapidité d’exécution, tout en pouvant se fier à la réponse de l’assistant.
Un assistant IA sans l’identité de marque de l’entreprise… n’est pas très pertinent
Sans documentation spécifique à la marque, le contenu tend à être générique, est peu naturel, ou ressemble à la concurrence, plutôt que refléter la marque.
L’assistant doit ainsi être nourri par des fondations solides : la brand identity, le tone of voice, le glossaire, des principes d’UX writing et des guidelines d’écriture pour les composants design.
La création d’un assistant s’inscrit dans une démarche produit
Un agent IA se crée par itérations.
Commencez par un POC (proof of concept). Testez-le avec un petit groupe (de designers), pour vous assurer de répondre au bon besoin, que l’assistant ne crée pas de frictions complémentaires, et qu’il suscite une bonne adoption. Le plus important n’est pas de générer un contenu parfait, mais de tester l’appétence et voir s’il répond aux bonnes problématiques de l’équipe.
Si le POC est un succès, vous pouvez alors mettre à disposition l’assistant IA à tout l’équipe. Si ce n’est pas le cas, itérez et re-testez.
L’enjeu est alors de concevoir un produit de qualité, qui génère des réponses de qualité. Vous devrez sûrement enrichir l’agent avec de nouvelles guidelines, affiner certaines instructions et en créer de nouvelles.
Faites de la QA sur les contenus générés.
À chaque nouvelle guideline, vous améliorez l’agent.
L’assistant ne sera jamais parfait, et puisque l’IA évolue sans cesse, tout comme les besoins des équipes et les enjeux business, l’itération est constante.
L’assistant IA, un partenaire au quotidien
L’agent IA est un formidable partenaire de brainstorming, il est presqu’un coach.
Pour cela, définissez l’instruction d’être pédagogue. L’assistant doit pouvoir expliquer ses choix, en s’appuyant sur la documentation qui lui a été fournie.
Demandez-lui également de proposer plusieurs contenus : la Product Designer pourra alors faire preuve de jugement et prendre la meilleure décision.
Assurez-vous que la réponse soit de qualité… tout comme la requête
Si le besoin n’est pas bien formalisé auprès de l’agent, le contenu créé ne sera pas de bonne qualité.
Comment faire en sorte que la requête et la réponse soient qualitatives ?
Donnez à l’assistant IA l’instruction de poser les bonnes questions au Product designer — comme :
À qui parles-tu ?
Quelle est la situation, quel est le contexte ?
Quel est le type de composant ?
Évaluez continuellement, en vous appuyant sur un cadre d’évaluation — exemple de 4 critères d’évaluation :
Correctness : est-ce que ce qui est créé est correct ? Est-ce que le contenu proposé respecte bien nos guidelines ?
Helpfulness : l’assistant IA soutient-il l’autonomie de la Product Designer ?
Relevant : le contenu généré répond-il à la requête spécifique ?
Consistent : peut-on garantir que toutes les réponses données au fil du temps seront suffisamment qualitatives ?
Réalisez des requêtes ‘tests’ régulièrement, qui couvrent différents cas d’usage. Cela vous permettra également d’itérer sur les instructions et la documentation.
Définissez des KPIs, par exemple :
Nombre de Product Designers qui utilisent l’outil, et la fréquence d’utilisation
Demandes de relectures auprès d’Alice
Tickets de traduction
Tickets de QA
Vélocité des squads
Nombre de reviews sollicitées par Alice (doit bien sûr être faible)
Réalisez un suivi individuel : observez le besoin de chacun. Allez voir chaque personne qui utilise l’assistant régulièrement, faites une requête ensemble, posez-vous sur un contenu qui a été créé, etc., pour voir comment améliorer le process et la demande.
Ne cherchez pas à avoir la plus haute adoption possible : c’est encore mieux si les designers n’utilisent pas l’assistant. Cela veut dire qu’ils sont plus à l’aise, et autonomes sur la production du contenu.
Un rôle augmenté du Content Design
Maintenant que l’assistant de création de contenu UX roule, que fait la Content Designer ?
Elle a désormais le temps de travailler sur des rôles à plus haute valeur ajoutée, pour l’entreprise et pour les utilisateurs.
Quelques exemples :
Concevoir l’architecture d’un parcours
Résoudre des problématiques complexes
Travailler sur des projets plus transverses, avec le marketing & la brand
Enrichir le Content Design System, puis l’assistant IA
L’IA est une vraie opportunité pour les UX writers : la discipline devient progressivement essentiel au design d’expérience utilisateur.
De plus en plus d’expériences conversationnelles s’intègrent dans les produits. C’est le cœur de l’expertise Content Design :
Comprendre la langue,
comprendre les interactions humaines,
comprendre le mécanisme de conversation,
comprendre l’importance de la terminologie,
comprendre comment structurer l’information.
Nous avons aussi une expertise d’Ops : gérer des systèmes, qui sont un fondement de l’IA, d’autant plus conversationnelle.
Les pré-requis obligatoires pour créer et déployer un assistant IA
Des qualités humaines, pour dépasser l’appréhension et mettre les mains dans le cambouis. Et donc une bonne dose de curiosité.
Formez-vous sur le tas, parlez avec des experts du domaine, parlez avec les équipes autour de vous ou d’autres entreprises.Des guidelines d’écriture : prenez le temps de créer un matériel de qualité, pour déployer un agent IA de qualité, et une expérience utilisateur de qualité.
Ne perdez pas de temps à planifier, explorez, créez et testez pour voir ce qui fonctionne.
N’hésitez pas à concevoir un assistant IA dédié au contenu en side project. Utilisez un système disponible en ligne et créez un assistant IA sur la base de la documentation. Vous démontrerez ainsi son utilité, et pourrez vendre cette prestation à un client ou à votre manager.
Les ressources conseillées par Alice pour construire un assistant IA
Toute la documentation d’Anthropic
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