Accessibilité cognitive : le contenu, votre meilleur allié
Dans cet épisode du podcast UX Content Craft, Apolline Rouzé* (animatrice du podcast), co-fondatrice de Lorem UX Writing, échange avec Alice Pagès, Senior UX Writer & Content Strategist freelance, spécialisée en accessibilité cognitive.
*Pour éviter de parler de moi à la troisième personne dans cet article, permettez-moi d’utiliser la première personne du singulier 😊
On pense souvent que l’accessibilité vise à améliorer le confort d’une minorité de personnes.
On évoque souvent le handicap visible.
Et on commence généralement par traiter l’aspect visuel — ou même UNIQUEMENT traiter l’aspect visuel.
On peut aussi penser que seul le code peut améliorer l’accessibilité.
Mais, c’est oublier deux points importants.
Le premier point : on oublie pas mal de personnes.
Toutes les personnes qui ont un handicap invisible : la dyslexie, la dyscalculie, l’autisme, les troubles de l’attention comme le TDAH et bien d’autres…
Toutes les personnes qui ont un handicap ponctuel — comme une migraine.
Et les personnes qui sont fatiguées, stressées, distraites ou qui sont dans un environnement bruyant.
Les moments où… juste comprendre une interface devient compliqué.
Et oui, ça vous est déjà arrivé. Le cerveau qui dit stop, on l’a tous et toutes vécu.
Je parle là d'accessibilité cognitive. Ce n’est pas un sujet de niche. Ce n’est pas une case à cocher dans un audit. C’est un enjeu quotidien — pour tout le monde.
Deuxième point : on ne pense pas vraiment au contenu écrit comme levier d’accessibilité.
Et, malheureusement, aucun référentiel ne parle de bonnes pratiques de contenu.
Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir une UX writer, spécialisée en accessibilité : Alice Pagès.
Ensemble, nous parlons de ce qui crée vraiment de la surcharge cognitive.
Est-ce que ce que je conçois est compréhensible — vraiment compréhensible ?
Est-ce que ça guide, ou est-ce que ça fatigue ?
Est-ce que ça aide à décider… ou est-ce que ça ajoute du bruit ?
Et vous allez comprendre qu’Alice vit ces problèmes au quotidien. Moi aussi d’ailleurs.
Bien sûr, Alice vous donne plusieurs bonnes pratiques pour améliorer l’accessibilité cognitive. Des bonnes pratiques que vous pouvez intégrer demain, en moins de 15 minutes.
Spoiler : faire du (bon) Content design, c'est déjà faire de l'accessibilité.
Dans cet article, retrouvez les points clés issus de notre échange, pour vous aider à améliorer l’accessibilité cognitive de votre interface.
Bonne lecture ☕
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Qu’est-ce que l’accessibilité cognitive ?
Plusieurs définitions existent, voici celle qui semble la plus claire : « l’accessibilité cognitive regroupe toutes les bonnes pratiques de conception qui permettent de rendre l’information dans les services compréhensible et utilisable par le plus de personnes possibles. »
L’accessibilité cognitive, qui est concerné ?
La liste est longue et, surtout, infinie !
Toutes les personnes qui ont :
Des difficultés de compréhension
Des troubles de l’attention
Des difficultés de mémorisation
Des difficultés pour traiter l’information
De la dyslexie ou de la dyscalculie
Des difficultés liées à la langue
Mais aussi les personnes qui :
Se trouvent dans un contexte perturbé ou bruyant
Sont stressées ou fatiguées
Ont une maladie ponctuelle, comme une migraine
Finalement, l’accessibilité concerne tout le monde !
Les problèmes cognitifs rencontrés sur une interface
La sur-stimulation visuelle : une bannière avec un défilement automatique, une vidéo qui se déclenche seule, un message qui clignote, etc. — toute interaction qui s’enclenche automatiquement et que l’on ne peut pas arrêter dévie notre attention (et même, vole notre attention sans nous l’avoir demandé).
Une interface avec trop d’informations visuelles (couleurs, icônes, illustrations) : cela crée des perturbations visuelles et une perte de repères.
Une page surchargée d’informations textuelles — on se sent perdue.
Des écrans peu structurés, peu organisés et/ ou des textes trop longs.
Des contenus qui ne guident pas correctement les utilisateurs ou alors, pas au bon moment. Par exemple, dans un parcours administratif : ne pas demander de préparer tel document ou telle information au début du parcours ou de manière progressive entraîne des interruptions ou des dépenses cognitives qui pourraient être facilement évitées.
Des consignes floues ou incomplètes.
Le paradoxe du choix : trop de possibilités, c’est le risque d’hésitations, de frustrations ou d’abandons.
Un vocabulaire peu clair ou pas adapté au niveau de langage — ce qui nuit à la compréhension et qui peut créer une distance entre la marque et l’utilisatrice.
Une navigation confuse ou très touffue.
📌 Deux points essentiels à garder en tête :
Cela dépend de la personne qui interagit avec l’interface et du contexte dans lequel elle se trouve.
Un contenu ou une interaction qui dérange une personne ne dérangera (peut-être) pas une autre personne.
L’accessibilité par le contenu, le trou dans la raquette
Quand on souhaite améliorer l’accessibilité d’un site ou d’une application, le référentiel qui nous vient en tête est certainement le WCAG 2.0 (Web content accessibility guidelines — ou, en français, les règles pour l'accessibilité des contenus du web).
Mais, le WCAG 2.0 ne propose que 3 critères, et qui ne sont pas vraiment détaillés…
Rendre le texte lisible et compréhensible — ok, mais ça veut dire quoi ?
Aider l’utilisateur à corriger ses erreurs — ok, mais comment ? Et dans quels contextes ?
Faire en sorte que les contenus apparaissent et fonctionnent de manière prévisible — pas mieux non plus.
Il y a un angle mort total côté contenu écrit.
Alors qu’on peut faire beaucoup de choses grâce au contenu et à l’architecture de l’information !
Des bonnes pratiques pour améliorer l’accessibilité cognitive
C’est simple : la majorité des bonnes pratiques d’accessibilité font partie des bonnes pratiques d’UX writing.
📌 Faire du Content design, c’est déjà faire de l’accessibilité.
Concevoir l’architecture de l’information du parcours
Pour un site ou un produit utilisable et pour ne pas forcer l’utilisateur à (tout) mémoriser.
Penser à tous les scénarios possibles : les chemins que peuvent emprunter les utilisatrices, et toutes les erreurs possibles.
Penser le contenu d’abord : définir les messages que l’on veut transmettre puis les structurer visuellement — et donc, choisir les composants en fonction de l’information.
Hiérarchiser l’information pour guider l’utilisateur : de quoi a-t-il besoin pour faire ce process ? Que doit-il préparer ? Quelle information ou document doit-il avoir sous la main pour remplir un formulaire, vérifier son identité ou s’abonner, par exemple ? Guider est d’autant plus important quand il y a une intervention du monde physique (par exemple : avoir sous la main sa carte d’identité).
Guider au bon moment : divulguer progressivement l’information, pile quand l’utilisatrice en a besoin.
Intégrer un fil d’Ariane pour aider les utilisateurs à se repérer — notamment pour les personnes qui ont une mémoire à court terme limitée.
Concevoir l’architecture de l’information d’une page ou d’un écran
Placer l’information la plus importante en premier — pour ne pas que l’utilisatrice ait tout à lire.
Créer des blocs de texte courts, qui débutent par un titre identifiable — pour permettre à l’utilisateur de scanner, de lire ce qui l’intéresse et zapper ce qui ne lui semble pas pertinent.
Une idée par paragraphe.
Un paragraphe qui répond à son titre — c’est-à-dire, assurer une continuité entre le titre et le sous-titre.
Par exemple :
Titre : « Découvrez la nouvelle formule de notre produit »
Texte : « (Avec la nouvelle formule de notre produit), vous importez directement vos données sans les convertir. »
Utiliser un vocabulaire adapté
On n’écrit pas pour soi, ni pour son équipe, on écrit pour les utilisateurs.
Parler le même langage que les utilisatrices.
Se faire comprendre de tout le monde, y compris des personnes qui ne sont pas natives de la langue.
Utiliser un jargon que comprend l’audience, ou l’expliquer (si et seulement s’il est nécessaire d’employer ce jargon).
Prendre du recul : attention au jargon interne qui se retrouve souvent sur une interface…
Mettez votre contenu à l’épreuve de la vie réelle.
À quoi sert le contenu ?
Quel problème résout-il chez l’utilisatrice ?
Est-ce qu’il tient à un stress case de la vie réelle ?
Comment convaincre d’intégrer l’accessibilité dans le travail de conception ?
Faites de l’accessibilité un argument business :
Des contenus clairs et accessibles rendent une expérience meilleure pour tout le monde,
et limitent les appels au service client.
Un meilleur accompagnement des utilisatrices favorise un passage à l’action plus rapide ou une diminution de dossiers mal remplis (par exemple, des pièces justificatives que doivent fournir les utilisateurs).
Moins de frictions et un produit facile à utiliser améliore la fidélisation.
Un site bien construit, hiérarchisé et clair est mieux référencé dans Google, et surtout dans les LLM.
Un produit accessible, c’est un produit utilisable par tout le monde.
Ne demandez pas la permission !
Commencez petit : intégrez les bonnes pratiques d’accessibilité progressivement dans la conception.
Que pouvez-vous faire demain facilement pour améliorer l’accessibilité, en moins de 15 minutes ?
L’idée : que cela soit intégré dans votre manière de travailler. Que cela fasse partie de votre quotidien.
Les ressources d’Alice pour progresser en accessibilité
The Accessibility Operations Guidebook, de Devon Persing
Considerate Content, de Rebekah Barry
Stéphanie Walter, Anne-Sophie Tranchet & Tamara Sredojevic sur LinkedIn